Vibrant Appel à la Mémoire et à la Justice du Dr Louis Marie Monfort Saintil, Ambassadeur, Délégué Permanent a.i., d’Haïti auprès de l’UNESCO, à l’occasion du 30e anniversaire du Programme de l’UNESCO Les Routes des Personnes Mises en Esclavage

Lors du 30e anniversaire du Programme de l’UNESCO Les Routes des Personnes Mises en Esclavage, S.E. Dr Louis Marie Montfort Saintil, Ambassadeur, Délégué Permanent a.i., d’Haïti auprès de l’UNESCO, a prononcé un discours émouvant, au Siège de l’UNESCO, à Paris. Ce dernier en a profité pour mettre en lumière le rôle crucial d’Haïti dans la lutte pour la liberté, la justice et la préservation de la mémoire.

Découvrez ci-dessous l’intégralité de son discours.

ALLOCUTION DE L’AMBASSADEUR, DR LOUIS MARIE MONTFORT SAINTIL,
Délégué Permanent a.i. d’Haïti auprès de l’UNESCO


CEREMONIE DE CELEBRATION DU 30e ANNIVERSAIRE DU PROGRAMME DES ROUTES DES PERSONNES MISES EN ESCLAVAGE
9 et 10 OCTOBRE 2024 | Siège de l’UNESCO


Madame la Directrice Générale,
Madame la Sous-Directrice générale pour les Sciences Humaines et Sociales,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Chers collègues,

C’est avec une profonde émotion et une immense fierté que je prends la parole aujourd’hui, à cet évènement marquant le 30e anniversaire du programme des « Routes des personnes mises en esclavage de l’UNESCO ». Haïti, aux côtés du Bénin, ont eu l’honneur de prendre cette initiative emblématique en 1994. Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’un travail de mémoire ; c’est aussi un puissant rappel de notre engagement collectif à faire la lumière sur les blessures de notre histoire commune et à transformer ce passé douloureux en une opportunité pour un avenir de justice, de dignité et de réconciliation.

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude envers l’UNESCO, notamment à la Sous-Directrice générale, Mme Gabriela Ramos et son équipe, pour leur engagement indéfectible à ce programme, lequel offre une occasion unique de construire l’égalité, panser et comprendre les blessures du passé.

Bois Caïman occupe une place fondamentale dans l’histoire d’Haïti et dans la lutte mondiale pour la liberté et la justice. Ce site, théâtre d’une cérémonie vaudou, en août 1791, marque le point de départ de la Révolution haïtienne, symbole du premier soulèvement collectif contre l’esclavage dans les Amériques. Menés par des leaders comme Dutty Boukman et Cécile Fatiman, les esclaves ont juré de lutter pour leur liberté, déclenchant des événements qui aboutiront à l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804. Bois Caïman n’est pas seulement un lieu de rassemblement historique ; il incarne aussi la résistance, la solidarité et la quête universelle de dignité humaine. Ce site inspire les générations actuelles et futures à travers le monde, rappelant que le combat pour la liberté et la justice est intemporel.

L’inscription de ce site historique, Bois Caïman, au Réseau des lieux de mémoire, va au-delà de la reconnaissance d’un héritage national ; elle représente une invitation à partager avec le monde entier les valeurs universelles de liberté, d’égalité, de solidarité et de dignité. En célébrant ce lieu, Haïti honore non seulement ses héros, mais rappelle également à la communauté internationale l’importance de la résilience des peuples opprimés.

Haïti se réjouit et est convaincu que ces lieux de mémoire doivent être non seulement préservés, mais aussi utilisés pour l’éducation et la sensibilisation des générations futures. À travers Bois Caïman, nous rappelons que la lutte pour la liberté est universelle et que les sacrifices de nos ancêtres résonnent encore et aujourd’hui. Elle réaffirme son rôle de gardien de la mémoire et d’acteur engagé pour la justice réparatrice, la réconciliation et la paix.

Cette reconnaissance de ce soir est le résultat d’efforts conjoints de la Délégation permanente d’Haïti, de la Commission nationale haïtienne de coopération avec l’UNESCO (CNHCU), de la Chaire UNESCO en histoire et patrimoine de l’Université d’État d’Haïti (UEH), et du Comité scientifique haïtien de la Route des personnes mises en esclavage, présidé par l’honorable Professeur Laënnec HURBON, ici présent avec nous. Ces partenariats démontrent l’importance d’une approche collaborative pour assurer la transmission de notre héritage aux générations futures.

Ce Programme contribue, depuis trois décennies, à briser le silence autour de l’histoire de l’esclavage et nous invite à déconstruire les discours basés sur des concepts raciaux qui ont légitimé l’asservissement de millions de personnes, tout en célébrant les contributions des personnes d’ascendance africaine à l’avancement de l’humanité. L’UNESCO œuvre pour la préservation des sites, la recherche et la création de matériel éducatif afin de déconstruire les stigmates hérités de cette histoire et de promouvoir des sociétés inclusives et équitables.

Mesdames et Messieurs,
Le programme des « Routes des personnes mises en esclavage de l’UNESCO » offre une plateforme essentielle pour sensibiliser et engager le monde aux séquelles persistantes de l’esclavage, en raison des inégalités et des injustices économiques, sociales et même politiques qui en résultent. Ainsi, Haïti supporte le premier dialogue pour la justice réparatrice de l’UNESCO, visant à réfléchir à un cadre concret pour la mettre en œuvre et remédier aux impacts néfastes de cet héritage colonial.

Je réitère l’appel d’Haïti à poursuivre ce programme avec ambition et en étroite collaboration avec les États membres et les communautés concernées. En rendant hommage aux personnes mises en esclavage, nous reconnaissons également la nécessité de restaurer la dignité et les droits des personnes d’ascendance africaine. Ensemble, travaillons pour faire de cette mémoire une source de résilience, tout en luttant contre les inégalités et discriminations qui persistent encore et aujourd’hui. Ce faisant, nous œuvrons pour un monde plus inclusif, plus solidaire et plus juste.

Je vous remercie de votre précieuse attention.