« Mes premiers mots à cette 42e conférence générale de l’UNESCO vont à l’endroit des parents d’élèves haïtiens, ces héroïnes et héros qui inventent tous les jours l’espoir en maintenant en vie le système scolaire envers et contre tout, dans notre pays plongé dans une grave crise sécuritaire. Sillonnant la rosée des champs de nos villages avant le lever du soleil ou le macadam des villes, ils ne reculent devant aucun sacrifice, parfois au péril de leur vie, pour accompagner leurs enfants à l’école.
Je pense aussi à ceux qui, en dépit de ces efforts, doivent, pour les protéger, garder leurs enfants à la maison, leurs écoles continuant d’être prises en otage par la violence de groupes armés. Ces femmes et ces hommes de mon pays qui incarnent les valeurs et idéaux fondateurs de l’UNESCO, méritent notre soutien en ces temps ou même les écoles ne sont épargnées des attaques. Je profite aussi de cette occasion solennelle pour rappeler combien déterminant a été le rôle de nos enseignants qui, dans ce contexte de crise, ont pu boucler ces dernières années scolaires, en dépit de conditions de travail difficiles, voire périlleuses.
Madame la Présidente
J’éprouve une émotion particulière en abordant l’épineux sujet de l’éducation en situation d’urgence, thème que j’évoquais ici même, lors de la 38e conférence générale, il y a déjà huit ans. Aujourd’hui, permettez-moi de m’adresser à vous au nom des 13 pays membres du noyau du Groupe d’Amis pour l’Éducation en situation d’urgence.
En juillet, Haïti et la Suisse ont lancé une nouvelle initiative au sein de l’UNESCO: le Groupe d’Amis pour l’Éducation en Situation d’Urgence. Dans un monde en proie à la tourmente, où conflits, catastrophes naturelles et urgences sanitaires menacent l’avenir des enfants, deux vérités fondamentales se dégagent. Aucun pays n’échappe aux crises, et, tragiquement, ce sont les enfants et les jeunes qui sont souvent les premières victimes de ces menaces. Leur éducation est perturbée et leur avenir plongé dans l’incertitude.
Au cœur de ces crises, l’éducation est un rempart dans lequel nous devons sans cesse et à tout prix investir, afin que le manque de financement ne vienne jamais handicaper notre capacité à répondre au défi de ne laisser personne de côté.
Nous exprimons une profonde préoccupation à l’égard des attaques perpétrées contre l’éducation au sein des conflits armés, privant ainsi les enfants et les jeunes d’un accès sécurisé à l’éducation, tout en portant atteinte à leur droit fondamental à l’Éducation.
En tant que nations et en tant qu’Organisation, Maison Gardienne de l’Éducation, il est de notre devoir d’œuvrer à garantir collectivement que chaque enfant, chaque jeune, en particulier en situation de crise, puisse accéder à une efficace éducation de qualité. Ensemble, nous avons le devoir de préserver ce droit fondamental et de leur donner les outils avec lesquels se façonner un avenir meilleur.
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs
Paske lekòl pa ka tann,
por que la escuela no puede esperar,
because education cannot wait,
parce que l’éducation ne peut pas attendre,
Haïti, tout en étant pris dans la tourmente interminable de l’éducation en situation d’urgence, a pris la mesure des enjeux de la transformation de son système éducatif. Récemment le Groupe Local des Partenaires d’Éducation a trouvé un large consensus en recommandant au ministère de prioriser la réforme curriculaire. La feuille de route du Gouvernement Haïtien pour ce nouvel exercice fiscal en matière d’éducation précise très bien cette orientation de transformation de l’école haïtienne afin de réduire les inégalités et remédier à l’échec scolaire.
Ainsi, le nouveau cadre d’orientation curriculaire fait le pari de léguer à la nation, une nouvelle génération de citoyens engagés dans le développement durable d’une Haïti socialement juste, économiquement prospère et scientifiquement ouverte sur le monde. Ceci commence par le renforcement du préscolaire, graduellement obligatoire, et l’implémentation du multilinguisme basé sur l’utilisation du créole haïtien, rendu langue enseignée et langue d’enseignement, pour toutes les disciplines, de la première année du primaire et jusqu’au baccalauréat.
Ce virage mise aussi sur la révision de l’enseignement et des manuels d’histoire d’Haïti, ainsi que sur le renforcement du cours d’éducation à la citoyenneté comme discipline obligatoire jusqu’au baccalauréat.
Afin d’assurer le succès de cette nouvelle formation du citoyen, le ministère de l’éducation a rendu publiques des dispositions relatives à la régulation et l’encadrement des institutions de formation des maîtres et des directeurs d’école. Ces dispositions touchent également le développement personnel et professionnel des enseignants. De plus, par l’amélioration de notre système d’information, nous disposerons d’indicateurs permettant de mesurer l’impact de ces transformations.
Cette année, nous avons déjà enregistré en ligne nos 17 000 établissements scolaires et tous les élèves haïtiens disposeront bientôt d’un identifiant unique sur notre plateforme numérique à travers laquelle, le ministère de l’éducation assurera un meilleur suivi des parcours individuels et des cohortes.
Je souligne également l’importance accordée à la formation technique et professionnelle, à travers la création récente de lycées dans le domaine agricole, de même qu’un meilleur encadrement au niveau des institutions d’enseignement supérieur. En effet, Haïti ne vit pas seulement une transition politique, elle vit surtout une transition démographique, d’où l’urgence pour des emplois jeunes et des métiers du 21e siècle. A cet effet, je signerai au nom du Gouvernement de la République d’Haïti la Convention régionale de 2019, sur la reconnaissance des études, des diplômes et des grades de l’Enseignement supérieur en Amérique Latine et dans les Caraïbes, en marge de cette 42e conférence générale.
Mesdames, Messieurs,
C’est l’occasion pour Haïti, bientôt vice-présidente du Conseil Exécutif, de remercier l’UNESCO qui, à travers le BIE, appuie l’ensemble de ces réformes, visant à préparer une nouvelle génération de citoyens plus engagée, maitrisant mieux leur histoire et les besoins d’Haïti. Grâce à ce curriculum endogène et une plus grande culture scientifique et technologique, arriverons-nous peut-être à réduire la fuite de la main d’œuvre et des cerveaux, véritable pandémie qui frappe mon pays, comme tant d’autres.
Alors, le sacrifice de ces millions de parents et d’élèves qui méritent une nouvelle école et un monde nouveau, sans guerre, sans famine, ne sera pas vain.
Merci de votre attention.«

